Dopage . Suite du procès Cofidis, hier, avec l’audition du docteur Menuet mis en cause par Philippe Gaumont. Au coeur du débat, le rôle du médecin du sport.
À son arrivée au tribunal correctionnel de Nanterre hier, le docteur Jean-Jacques Menuet, ancien médecin de la formation cycliste Cofidis, serre la main de Méderic Clain et de Massimilano Lelli, deux anciens coureurs de son équipe. Il évite celle de Philippe Gaumont, l’homme qui la veille le « mouillait » avec lui dans sa dérive vers le dopage. Convoqué comme témoin dans cette affaire où dix personnes, dont sept coureurs ou ex-coureurs, comparaissent en correctionnelle pour « une somme de comportements individuels illicites dans un milieu fortement marqué par la prise de médicaments et de substances interdites », selon les termes de l’enquête, le docteur Menuet, « spécialiste de l’hypnose », voudrait bien que la salle boive ses paroles.
« Que le pouls
et la tension »
Il fait les questions et les réponses, empoigne son classeur blanc où il dit avoir consigné des « preuves ». Sa voix sonne comme celle d’un écorché vif : « Pendant cinq ans, entre 1999 et 2004, j’ai fait de grands sacrifices. J’ai passé plus de temps avec certains coureurs qu’avec mes propres enfants. »
Avant lui, le docteur Michel Provost, médecin de Cofidis entre 1997 et 1998, était venu expliquer qu’il avait abandonné le vélo en 1998, effaré par « la révélation de l’affaire Festina ». Et d’assurer sans persuader qu’il n’avait rien vu d’anormal chez ses coureurs auxquels il ne prenait que le « pouls et la tension ». De Gaumont qu’il croise tout d’abord en équipe de France amateurs, il dira quand même : « Chez Cofidis, il avait pris de l’âge et des convictions qu’il n’avait pas en 1992 à ses débuts. » Entendez : « Il était passé au dopage. »
Grand, filiforme, le docteur Menuet est moins en rondeurs que son prédécesseur. Il domine la salle, se
retourne souvent vers le banc des prévenus pour prendre à témoin Gaumont. La présidente Ghislaine Polge le
reprend : « Ne vous adressez pas aux prévenus. Et puis je vous rappelle que vous êtes ici comme témoin, pas comme prévenu. »
La présidente interroge maintenant Menuet sur certaines prescriptions qui,
détournées de leur usage, ont, d’après Gaumont, permis d’améliorer ses performances ou de masquer la prise de produits dopants. L’ancien praticien de Cofidis répond : « J’agissais dans un cadre de santé, certainement pas de dopage. J’ai tous mes dossiers, je n’ai rien brûlé, Philippe avait surtout besoin qu’on le traite après sa fracture du fémur lors de Paris-Roubaix 2000. » Le Legalon ? « De l’artichaut pour stimuler la vésicule biliaire, un excellent placebo. » L’acide folique pour couvrir la prise d’EPO ? « C’est n’importe quoi, c’est un produit pour couvrir les carences normales d’un coureur. J’ai des choses beaucoup plus graves à l’encontre de Gaumont. » D’autres produits suivent, Menuet s’emporte : « Si je suis les experts de ce procès, le magnésium et le Doliprane sont des dopants ! J’ai fait mon boulot dans les limites imparties. Ne faisons pas porter le chapeau aux médecins d’équipe. »
Des coureurs devenus intenables
Un chapeau que tout le monde ne lui enfonce pas. De Menuet, un autre prévenu au procès de l’Écossais David Millar, ancien champion du monde du contre-la-montre, dit : « C’est un type bien. » Éric Boyer, manager de Cofidis, embauché après l’affaire, explique, lui : « Le docteur Menuet a plutôt dissuadé Gaumont de partir dans une dérive. »
À la barre, Menuet explique encore s’être senti « hors du coup », avoir fait appel à un médecin psychologue face aux dérives de « cinq ou six coureurs » accros au Stilnox, un somnifère, mélangé à de l’éphédrine. Il ajoute : « En bande, certains sont intenables, le groupe engendre des phénomènes particuliers, certains avaient des addictions sexuelles. »
Le grand déballage n’est pas fini. Menuet raconte l’épisode où Gaumont se
serait rendu à son cabinet,
accompagné de sa femme, pour se renseigner sur une forme d’EPO prélevé sur des cadavres. « Je lui ai fait une réponse ferme, je lui ai dit d’arrêter ses conneries... »
Le procès se poursuit aujourd’hui avec les réquisitions du procureur.
Frédéric Sugnot
Article paru dans l'édition du 9 novembre 2006.
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