Mardi 6 octobre 2009
2
06
/10
/Oct
/2009
08:04

L'équipe Astana a bénéficié d'un traitement privilégié de la part des officiels de l'UCI ." Telle est la conclusion que tire l'Agence française de lutte contre le dopage
(AFLD) dans un rapport qu'elle vient d'établir sur le déroulement des contrôles lors du Tour de France 2009 et dont Le Monde a eu connaissance.
Il a été envoyé lundi 5 octobre à l'UCI et à l'Agence mondiale antidopage (AMA), aux ministres de la santé et des sports,
Roselyne Bachelot et
Rama Yade, ainsi qu'à
Amaury Sport Organisation (ASO), le propriétaire de la
Grande Boucle. Ce document de dix pages, réalisé notamment à partir des journaux de bord scrupuleusement tenus par les deux médecins
missionnés par l'AFLD pour réaliser les prélèvements urinaires et sanguins pendant l'épreuve, est accablant pour l'UCI, l'organisation responsable des contrôles sur le Tour 2009 qui, contrairement
aux éditions précédentes, n'a été entaché d'aucun cas positif.
ASTANA ÉPARGNÉE
"Toujours les contrôles les plus tardifs le matin, délais pour se présenter au préleveur" : le rapport détaille le régime de faveur dont a bénéficié, selon l'AFLD, l'équipe de
Lance Armstrong et du vainqueur Alberto Contador pendant le Tour. Les médecins de l'AFLD notent ainsi que
le 11 juillet, au matin, dans l'hôtel de l'équipe Astana, l'obligation de se présenter immédiatement pour procéder aux prélèvements n'a pas été respectée à la suite de l'intervention des
inspecteurs de l'UCI qui avaient, de surcroît, refusé la présence des escortes de l'AFLD, pourtant obligatoire afin de veiller à ce que les coureurs ne se livrent à aucune manipulation entre la
notification de leur contrôle et le prélèvement.
Les coureurs ont bénéficié d'un délai d'au moins 45 minutes : "Une telle tolérance accordée sans véritable justification (…) ne permet pas, en l'absence d'escortes, de s'assurer de la
parfaite régularité de la procédure, notamment qu'aucune manipulation n'est effectuée", pointe le rapport. L'AFLD déplore en outre que les prélèvements sanguins prévus sur des coureurs de la
formation kazakhe n'aient pu être réalisés le 25 juillet, car le temps de transport jusqu'à leur hôtel (environ 60km) avait été sous-estimé par les inspecteurs de l'UCI.
L'agence souligne également que l'UCI a bien transmis des informations sur la localisation des équipes lors de la préparation d'avant Tour afin de pouvoir diligenter des contrôles… à l'exception
d'Astana. "Une rétention d'information qui ne va pas dans le sens de la lutte contre le dopage", commente l'AFLD.
Concernant Lance Armstrong, le rapport révèle par ailleurs que le 24juillet un photographe, sans autorisation, a pris des clichés pendant le contrôle du septuple vainqueur du Tour dans sa chambre
d'hôtel, "au risque d'invalider la procédure".
DES CONTRÔLES PAS VRAIMENT INOPINÉS
Selon l'AFLD, les inspecteurs de l'UCI n'ont pas pris toutes les précautions pour préserver la confidentialité des contrôles, notamment pour ceux réalisés dans les hôtels des coureurs avant ou
après la course. "Il n'est en effet pas très professionnel d'échanger à [très] haute voix sur ces sujets dans une salle de restauration où sont présents des coureurs, notamment la
veille d'un contrôle comme ce fut le cas à Barcelone le 7 juillet au soir", note le rapport.
La publication du nom des coureurs désignés pour les contrôles a souvent été effectuée 30 minutes avant l'arrivée, déplore également l'AFLD. Un laps de temps trop important qui peut, selon
l'agence, donner la possibilité aux directeurs sportifs d'avertir les coureurs via les oreillettes et "favoriser ainsi des manipulations sur les paramètres des échantillons devant être
prélevés". D'autant que le rapport note que les vainqueurs d'étapes et les coureurs en tête des différents classements se présentaient régulièrement une heure voire 1 h 30 après l'arrivée.
Lors du contre-la-montre par équipes du 7 juillet, un coureur s'est même vu remettre sa notification de contrôle par son directeur sportif avant le départ !
UNE CONSERVATION ARTISANALE DES ÉCHANTILLONS
Les médecins de l'AFLD déplorent qu'aucun matériel de type glacière permettant de conserver et de transporter les échantillons à une température garantissant leur intégrité (4°C) n'ait été mis à
leur disposition par l'UCI. Des échantillons urinaires et surtout sanguins ont ainsi parfois été stockés plusieurs heures dans le coffre de véhicules exposés au soleil sur un parking avant d'être
transportés au laboratoire sans protection, pointe le rapport qui prend l'exemple de ceux de l'équipe Milram, le 12 juillet. "Un manquement grave aux règles de bonne conservation des
échantillons qui auront à n'en pas douter pour conséquence de rendre difficile des analyses en raison de leur détérioration", commente l'AFLD.
L'AFLD relève enfin que les inspecteurs de l'UCI ont qualifié, à tort, de "contrôles hors compétition" ceux pratiqués le matin ou le soir dans les hôtels. "Cette erreur est bien
entendu lourde de conséquence", juge l'autorité antidopage française, car la liste des substances interdites "hors compétition" est beaucoup plus restreinte que celle des produits
prohibés "en compétition" et exclue ainsi de fait la recherche des stimulants ou des corticoïdes.
Commentaires