Dimanche 5 août 2012
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Gérard Labarthe a été dans les coulisses du Tour de France pendant vingt ans, en tant que mécanicien cycliste. Il accepte de témoigner, à demi-mots,
ce qu'il a vu sur le dopage.
Gérard Labarthe est bien connu dans le Perche, depuis son arrivée dans la région, il y a 20 ans. Pour sa contribution au milieu de la danse country, ses spectacles,
son ranch à Réveillon, entre autres. Mais peu savent que ce Parisien d’origine a vécu vingt Tours de France, en tant que mécanicien cycliste. Et qu’il représente une vraie mine d’informations sur
un sujet sensible : le dopage. À mots couverts, il a accepté de se confier au journal.
Après une carrière d’artisan, alors qu’il pratiquait le cyclisme en amateur à ses heures perdues, Gérard Labarthe devient mécanicien cycliste. Il rejoint l’équipe du
fameux directeur sportif Cyrille Guimard, où il restera dix-huit ans. «¼Je m’occupais du matériel, du car publicitaire, et puis je faisais de l’intendance, ce genre de choses¼ ».
Des compétitions internationales, il en a suivi par centaines. Sur tous les continents de la planète. La Grande Boucle, il la connaît par cœur. Lui aussi était bien
connu dans le milieu. «J’ai eu la chance de rencontrer, de travailler et de me faire apprécier des plus grands cyclistes au monde», confesse-t-il avec fierté.
Au gré d’une telle complicité, il a vu beaucoup de choses. L’envers du décor. Et a appris à se taire. Pas toujours facile de supporter de tels faits.
Il se souvient de quelques anecdotes : «Lorsque Laurent Fignon a gagné le Tour d’Italie par exemple, il m’avait confié qu’il ne comprenait pas comment les
Italiens faisaient pour monter les côtes sans s’essouffler. C’était le début de l’EPO (une hormone)».
Un business
«Le dopage, il y en a toujours eu, depuis la nuit des temps !» Sans vouloir entrer dans les détails, l’ancien habitué du Tour en donne sa version.
«Un jeune cycliste, lorsqu’il débute dans le milieu professionnel, il a un premier contrat de deux ans pour faire ses preuves. Si au terme de ce contrat, il se rend compte qu’il n’est pas
assez performant pour percer, il a le choix d’abandonner ou bien de continuer, éventuellement en songeant au dopage».
Bien sûr, tous les cyclistes n’en viennent pas à se “droguer”, Gérard Labarthe le précise avec insistance. Qu’est-ce qui pousse certains à franchir ce cap
dangereux ? «L’argent bien sûr ! Le dopage, c’est un business. Les coureurs professionnels n’ont que dix ans de carrière, dix ans pour gagner leur vie. Certains sont prêts à tout
pour amasser le plus de fric (sic) possible !».
D’après ce témoin, les cyclistes s’engagent seuls à faire ce choix. «Lorsqu’ils entrent dans une équipe, ils signent une charte de bonne conduite. Le dopage, les
équipes ne veulent pas en entendre parler». Pourtant le coureur ne participe pas à une compétition tout seul. «Lorsqu’il monte en niveau, un professionnel devient très vite entouré de
nombreux spécialistes, qui mettent tout en œuvre pour le faire progresser. Et le suivi médical est très sérieux de nos jours. Le médecin est censé savoir tout ce que prend le coureur».
Seraient-ils dans la confidence ? Gérard Labarthe refuse de répondre. Toujours est-il que lorsqu’une affaire est révélée par une enquête policière, chacun nie les faits. Lui-même s’est déjà
fait arrêter par les douanes avec son car.
Des produits variés
Cette année encore, plusieurs coureurs, dont un Français se sont fait prendre. Pourtant, difficile de comprendre pourquoi ils prennent encore de tels risques, alors
que les contrôles ont été fortement renforcés. «Ce que les gens ne savent pas, c’est qu’après chaque étape, les trois premiers, le maillot jaune et dix coureurs du peloton tirés au sort
passent au test d’urine. Et on ne peut plus tromper le médecin comme dans le temps, en échangeant les flacons par exemple. Il faut faire ça sous ses yeux». Mais beaucoup demandent une
contre-expertise si le test se révèle positif. Et avec de l’argent, tout devient possible…
«Et puis le problème aujourd’hui est de pouvoir discerner ce qui est dopant, de ce qui ne l’est pas». En effet, la plupart des médicaments utilisés pour
booster ses performances sont détournés de leur usage principal. Il s’agit d’anti-dépresseurs, de traitements contre le cancer, etc. Cette prise n’est pourtant pas sans risques. Gérard
Labarthe peut en témoigner : «j’ai vu des hommes prendre de l’EPO se suicider. Cela se voyait sur eux, ils n’avaient pas le moral».
Dégoûté par ce système, cet homme de l’ombre a coupé les ponts avec le milieu du cyclisme professionnel. Ses relations s’étaient déjà ternies avec l’équipe lorsqu’il
a arrêté d’y travailler, à la suite d’un grave accident sur le Tour d’Italie en 2000. Aujourd’hui, il ne veut faire de tort à personne, mais aimerait que la drogue ne gâche plus ce beau sport
qu’est la belle échappée…
Source et date de l'article LePerche.fr 02.08.2012
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